Prolongement numérique du journal Place publique, publié depuis l'été 2010 par des citoyens du pays de Reillanne dans les Alpes de Haute Provence
Si vous allez de Manosque à Forcalquier, vous trouverez, à la sortie de Volx, à gauche en contrebas, une installation baroque et gaie de roulottes à l'ancienne, pleines de charme, et une construction ronde, recouverte de chaume, parfaitement intégrée au lieu. Rien à voir non plus avec ces pavillons déprimants d'uniformité, interchangeables, sans imagination, qui remplacent petit à petit champs et bois.
Il faut croire que l'originalité gêne puisque le propriétaire qui visiblement ne vit pas comme « tout le monde » est sommé de détruire sa rotonde.
Sa yourte, comme il l'appelle, il l'a construite de ses mains, en paille, récupérée à droite à gauche, le système débrouille, quoi !
Je doute fort que son chantier ait enrichi la SIMC, passage obligé pour toute construction dans la région. Et c'est bien là l'insupportable ! Alors comme ça, on pourrait vivre sans passer par les circuits de consommation pourvoyeurs de TVA ! On pourrait envisager des constructions qui ne répondraient pas aux normes imposées par les pavillonneurs et bétonneurs en tout genre ! Mais dans ces conditions, les gens ne seraient plus obligés de faire appel aux banques pour financer leur projet, ils ne seraient donc plus dépendants de ce salaire obtenu au sacrifice de leur vie ! Ils seraient donc libres !
Les gens qui se permettent de vivre en dehors d'une banalité normative assénée à coup de publicités, pourraient donner des idées à ceux qui n'en ont pas ! Attention, danger ! Rasez-moi tout ça, et que pas un seul cheveu ne dépasse !
Des bien-pensants-comme-il-faut ont pris ombrage de ce voisinage sulfureux. C'est un pied de nez libre et créatif à leur quotidien morne et sans éclat. C'est la preuve, là, à leur porte, que l'on peut vivre sans s'ennuyer. C'est une agression caractérisée !
Heureusement, la société dispose d'un arsenal complet, et qui n'en finit pas de se compléter avec les nouvelles mesures de la LOPPSI, pour venir à bout des originaux qui, c'est sûr, « ne pensent pas comme nous ! »
Un voisin bien intentionné a cru utile de porter plainte contre cette construction « même pas autorisée » qui lui gâche la vue. Par contre, ce voisin ne trouve rien à redire aux ZAC, ces monstruosités qui défigurent les abords de toutes les villes. Pas plus contre les énormes panneaux publicitaires des bords de route. Ni contre les autoroutes elles-mêmes qui dénaturent les paysages, etc...
Brassens l'avait dit : « les braves gens n'aiment pas que... »
LE JUGEMENT, sur cette affaire, SERA RENDU LE JEUDI 7 AVRIL au TRIBUNAL DE DIGNE
Gigi